La guerre des drones de surveillance aura-t-elle lieu en RD Congo ?

Lorsque le ministre belge Reynders suggérât à la Monusco et au gouvernement congolais de réutiliser les quatre drones, par ailleurs commandés en Belgique par Kabila pour surveiller les opposants lors des élections de 2006-, dans la surveillance de la frontière Congo-Rwanda, peu d’attention fut accordée à cette proposition apparemment saugrenue et rendue public en juillet 2012.

Quelques mois auparavant quelques ONGs avaient suggéré d’utiliser les drones pour surveiller les espèces rares comme les gorilles, okapi ou des éléphants.

Mais force est de constater qu’en six mois, l’idée a fait du chemin et est en passe d’être adoptée par les Nations Unies mais pour surveiller plutôt la frontière avec le voisin. Les membres permanents du conseil de sécurité, qui en sont aussi les plus grands fabricants, n’y ont pas vu d’objection à priori.

En marge des premières discussions formelles au siège des Nations Unies en ce janvier 2013, à la demande du département des Opérations de maintien de la paix et de la Monusco en particulier, on sut qu’un des drones belges se serait écrasé à Kinshasa avec mort d’homme, que les modèles avaient été améliorés et seraient au point pour la vente à grande échelle.

Manifestement, Reynders et les industriels derrières les drones belges avaient de la suite dans les idées. Les affaires sont les affaires et le soutien à Kabila n’était pas si altruiste. On savait que l’industrie belge d’armes était dans le coup mais plutôt avec les armes individuelles- voir un récent article sur ce même blog sur les relations troubles entre ces industriels belges et Kabila.

La liste de fabricants de drones jusque-là discrète fut publiée par indiscrétions dosées et bien voulues sur les réseaux sociaux. Et l’on y retrouve les pays en pointe dont la France, Israël et les USA notamment en plus de la Belgique!

Et l’on put savoir aussi qu’une firme allemande avait mis au point le moyen technologique d’abattre ces drones par un simple laser, donnant ainsi la solution radicale pour mettre fin à ces drones intrusifs. On apprit aussi que l’Iran avait abattu un drone américain il y a quelques mois et récupéré toute la technologie gratuitement.

Et voilà donc le marché des drones largement ouvert dans un modèle d’affaires parfaitement au point: Achat-Surveillance ou Intrusion – Destruction- Achat.

Les américains eux donnèrent un avis favorable tant que les drones ne seront pas armés, juste bon pour faire la surveillance audio, photo et vidéo au Congo. Ce qui semble raisonnable mais certainement pas très «innocent». Chaque pays ayant le droit souverain de surveiller ce qui se passe chez soi ; l’argument semble logique solide, laissant peu de place pour la critique. Mais cependant, comme on ne sait pas la fin de l’histoire, les doutes persistent et laissent perplexes.

N’est-ce pas que les USA vont prêter mains fortes à la France avec les drones venant de l’Allemagne (« Commandement Africom ») pour assurer l’opération « Serval » au Mali. Probablement avec les mêmes drones armés qui viennent de déclencher dans les media un sérieux débat légal et moral sur les méfaits des drones tueurs au Pakistan qui emportent aussi des innocents à chaque frappe.

Si on ajoute les drones positionnés au Djibouti pour le Yémen ou la Somalie, ceux qui accompagnent la traque de Joseph Kony, les nouveaux drones en RDC et dans le Sahel amèneront une autre dimension que les africains n’ont pas encre bien cerné. De vrais défis pour la souveraineté et la légalité des actions subséquentes. Ce qui était du reste déjà posé avec les satellites espions et de surveillance très sophistiqués, déployés par les puissants de ce monde !

La réaction du Rwanda fut immédiate et épidermique, dénonçant une nième manœuvre et fuite en avant de la Monusco qui pense régler les problèmes politiques congolais fondamentaux récurrents avec des gadgets technologiques. En ajoutant que cette position était celle de l’Union Africaine réaffirmée plusieurs fois et prolongeant les prises des positions de la RSA et du Nigeria.

Le gouvernement congolais sautera sur l’occasion en embrassant sans réserve et toute suite cette proposition surtout que le Rwanda y était opposé. Profitant de l’occasion pour montrer que ce refus cacherait ainsi la peur d’être démasqué et la preuve du soutien au M23.

Mais qu’est ce qui se cache derrière un tel déchainement de positions extrêmes sinon des intérêts pas vraiment encore cernés ni quantifiés. La question subsidiaire serait à qui va-t-elle profiter, cette guerre des drones qui s’en vient?

Car en fait, si le rapport des experts (GoE) incriminant le Rwanda était si crédible, pourquoi encore chercher des moyens supplémentaires des preuves du soutien Rwanda au M23 puisque c’est de cela qu’il s’agit ? Si on en est encore à chercher, c’est que l’on n’est plus sûr du rapport produit par le GoE.

En réalité, ces moyens technologiques de surveillance ne pourront jamais garantir la vérité ni empêcher la contestation. La technologie appelle toujours la contre technologie et le piratage! Et l’esprit humain n’a pas de limites pour ça!

Si on peut fabriquer de vrais faux uniformes ou pièces d’identité et des faux témoignages, qu’est ce qui peut empêcher de travestir la vérité par des photos d’en haut. Surtout si les paysages montagneux, les peuples et les langues sont les mêmes de deux côtés de la frontière ?

Si aujourd’hui la RDC dit détenir de militaires rwandais et que le Rwanda le nie stigmatisant fausses identités et théâtres médiatiques, en quoi la caméra va-t-elle changer la donne avec une suspicion pareille? Si l’on cherche des preuves encore malgré ces « prisonniers qui ont avoué », c’est que ces prisonniers sont une fiction. Et donc la mauvaise foi ne pourra être effacée par ces appareils!

Et si le Rwanda lui aussi se procurait des drones qui feraient la même surveillance aux frontières et donnerait des résultats différents de ceux du Congo, on aura déclenché ainsi la guerre des drones sans une instance d’arbitrage connue ?

Plus fondamentalement, en quoi alors ces gadgets aideront-ils à la mission de protéger des civils qui est la première des obligations de la Monusco? Et comment les individus seront-ils mieux protégés; là où opèrent tous ces FDLR, divers Mai Mai et même les FARDC de l’armée nationale, qui pillent, tuent et violent au quotidien de Pweto jusqu’en Ituri en passant par Kalemie, le Maniema, les pays Rega ou Shi, bien loin des frontières avec le Rwanda.

Et si on doit couvrir le territoire entier combien de drones aura- t- on besoin ?

Et qui va piloter ces gadgets à distance, est-ce le fabricant, une section de la Monusco, de FARDC ou une instance nouvelle neutre ? Comme l’expertise est rare dans cette technologie, on devine qui sera aux commandes!

Qui choisira les cibles et selon quels critères? Qui va interpréter les données et quels critères de sélection pour les analystes ? Qui va enregistrer, où seront archivées et qui pourra accéder aux données. Comment se fera l’acquisition des drones et selon quel cahier de charges? Qui va en confectionner les termes de référence pour garantir une transparence et neutralité dans les opérations?

Tant des questions qui restent sans réponses, sans commune mesure avec l’enthousiasme affiché par les promoteurs et ou vendeurs de cette solution et distillé partout sur les réseaux sociaux pour attirer les sympathies.

Le besoin de détails opérationnels est impératif pour juger de la fiabilité de cette solution.

De toutes les façons, si le management de ces drones est conçu en dehors du mécanisme conjoint de vérification (Joint Verification Mechanism), établi et acceptée par les parties en présence dans le cadre de la CIGLR, la crédibilité des rapports sera entamée dès le départ.

D’ailleurs, le médiateur ougandais n’a pas manqué de souligner qu’il n’y avait pas d’opposition de principe mais que les termes de cette surveillance devront être connus et négociés en accord avec toute la région. En termes diplomatiques, c’est tout dire!

Autrement, pourquoi s’encombrer des instruments qui ne résolvent pas les problèmes internes de fonds avec manifestations cycliques à l’est de la RD Congo, qui vont faire monter la tension et la suspicion entre le Congo et ses voisions au lieu de l’abaisser et amener les défis ci-dessus ainsi que des couts additionels; sans assurer la protection des civils qui est bien plus problématique loin des frontières ?

Au demeurant, en quoi les drones pourront aider à la résorption du déficit démocratique profond, combler l’absence de gouvernance ou bannir les exclusions et intolérances, véritables sources de tous les maux et crises cycliques dans ce pays ? Comment ces engins vont-ils aider à reconstruire un état créé artificiellement, gangrené depuis des décennies et qui file surement vers la faillite et la déliquescence ? Comment ces appareils vont-ils aider au retour des réfugiés qui se morfondent dans des camps depuis 18 ans dans les pays voisins, exilés et discriminés par leur propre Etat ?

Derrière l’affirmation de la souveraineté, le gouvernement congolais commet une erreur dramatique d’appréciation en acceptant cette proposition qui flatte son ego et satisfait les sentiments populistes. Car ces mêmes engins pourraient être utilisés pour surveiller les agissements du régime lui-même et enregistrer les moindres gestes par des forces extérieures avec risque de perte de liberté et d’indépendance. Kabila qui a des problèmes de légitimité peut en être victime lui-meme ou ses hommes!

Abdiquer volontairement les acquis de liberté et abandonner sa souveraineté en pleine connaissance de cause est un acte de trahison et un reniement malencontreux du combat de libération cher à Lumumba et ce, à quelques jours de l’anniversaire de son assassinat qui eût de lourdes conséquences encore actuelles.

Jusqu’où les pays africains se feront ils les complices de leur propre enchainement, en acceptant une démarche dont personne n’a encore mesuré toutes les implications et effets pervers. Ouvrir grandement cette boite de Pandore là des drones sans avoir les moyens politiques et technologiques de contrôler et ou contrecarrer cette intrusion est tout simplement suicidaire!

Pour le Congo, c’est plus dramatique. Les priorités sont renversées et le diagnostic posé par les experts du Congo reste superficiel! Signe que la sortie de crise est encore lointaine. Ce pays est devenu un laboratoire où on expérimente toutes sortes d’idées et où des individus sans scrupules viennent s’enrichir sur le malheur des citoyens. Regardez la prolifération de toutes ces ONGs apparemment spontanées et à but lucratif!

Sans préjuger des avantages potentiels et de l’usage projeté de ces drones, tout semble indiquer encore une autre fuite en avant du système des Nations Unies dans un dossier très complexe et qui se mélange malheureusement avec de l’affairisme au gout et éthique très discutables.

Si le projet est conçu juste pour prouver la culpabilité du pays voisin par tous les moyens et non pour augmenter la capacité opérationnelle dans la protection des civils et des espèces en voie de disparition, alors c’est une démarche inutile et porteuse de germe de division. Conflictuelle et sans lendemain.

Si d’aventure ce projet a été boutiqué ou poussé par des affairistes pour des raisons mercantiles, il faudra croire que le malheur des congolais attire le génie malfaisant d’entreprises très douteuses ! Alors là, ce pays ne sortira pas de l’auberge de sitôt. Et ne vous étonnez pas si demain vous apprenez une demande de financement pour un projet similaire ou complémentaire ; celui d’ériger un mur frontalier entre les deux pays voisins! C’était lancé par un député national à la même époque que la suggestion belge des drones en 2012!

AF Komeza
Email : f.komeza@gmail.com

Références utiles y relatives

1. http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2012/07/06/aider-a-surveiller-la-frontiere-rwanda-congo/ (Juillet 2012)

2. http://www.dailymail.co.uk/sciencetech/article-2259639/The-groundbreaking-Star-Wars-laser-shoot-drone-sky-TWO-MILES-away.html

3. http://www.standard.net/stories/2013/01/10/un-wants-its-own-fleet-drones

4. http://www.theeastafrican.co.ke/news/US-backs-plans-for-drones-in-DR-Congo/-/2558/1662244/-/iio2fb/-/index.html?utm_source=Africa+Center+for+Strategic+Studies+-+Media+Review+for+January+10%2C+2013&utm_campaign=01%2F10%2F2013&utm_medium=email

5. http://lepotentielonline.com/110-online-depeches/4671-kinshasa-salue-le-deploiement-de-3-drones-onusiens-a-sa-frontiere-a-problemes-avec-le-rwanda

6. http://allafrica.com/stories/201301111464.html?viewall=1

7. http://www.newtimes.co.rw/news/index.php?i=15236&a=13216
Drones for Congo! Let’s wait and see

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